23 heures sonnent... C'est l'heure du réveil pour lui et il en est heureux,
ce soir il va encore pouvoir démontrer ses capacités sexuelles, enfin être
ce qu'il rêve toujours d'être, c'est-à-dire le personnage puissant et
terrifiant qu'il enfouit le jour dans les tréfonds de son âme. Il revêt
avec plaisir la tenue de cuir, coiffe ses longs cheveux noirs de jais
parcourus par quelques fils d'argent et contemple avec satisfaction son regard
reptilien dans la glace. Chaque soir est un soir de renaissance pour lui
! Lentement il ouvre la porte de son donjon qui est aussitôt envahie par
les tambours d'une musique opressante et syncopée. Il avance dans
un couloir pour se retrouver dans une salle que les initiées surnomment
"l'antichambre", sans se douter de la véritable nature profonde de
ce lieu réservé exclusivement à des femmes, Maîtresses et/ou soumises, s'y
enivrant au rythme de la musique et des jeux de lumière agressifs, l'alcool
coule à flot, la drogue vide les esprits aidant celles qui veulent, l'espace
d'une soirée, oublier la médiocrité de leur vie. C'est ça le royaume des
plaisirs interdits, un royaume où elles peuvent se prendre pour des
déesses en se travestissant et en se comportant comme des Maîtresses ou
des chiennes en chaleur et se libérer de la réalité à grands coups de
psychotropes de toutes sortes. Sans le savoir elles deviennent des proies
parfaites pour le Maître des illusions, le prédateur d'un monde de
secrets interdits.
Lentement il avance dans ce fantastique terrain de chasse. Celles qui
s'en étaient prises à lui sans réaliser à qui elles avaient à faire
vont enfin payer leurs "crimes". Il sait et elles savent qu'il
est le seul homme à rejoindre ce lieu, alors que la nuit revêt la région
de son sombre manteau, d'ailleurs certaines d'entre-elles ont également des
crimes envers lui à expier. Alors qu'il arrive au centre de la
grande salle, une voix hurlant son nom le sort de ses pensées, il l'ignore,
celle qui l'a reconnu ne l'intéresse pas. Ce n'est pas la seule femme à
l'avoir reconnu ce soir, mais une simple attitude d'ignorance suffit à éconduire
la plupart des gêneuses, les plus insistantes prennent rapidement la fuite
lorsqu'il plonge son regard ophidien dans leurs yeux. Cette nuit est sa nuit,
personne, pas même de pâles fantômes de sa vie précédente, ne doivent gâcher
le plaisir que lui apporte sa renaissance journalière, le plaisir d'user de
ses pouvoirs enfin révélés. Il scrute la foule des femmes à la
recherche des ses premières cobayes, tout en se demandant laquelle de ses
capacités il va éprouver en premier. Quelle femme choisir parmi celles qui
sont présentes ? À quel jeu soumettre l'une ou l'autre, qui s'agitent comme
des poupées en pensant s'amuser ?
Des poupées, oui c'est ce qu'elles sont et quoi de plus drôle que de
manipuler une de ses femelles qui croient tenir le monde par le bout du sexe
grâce à leurs atours ? Pour lui, elles recherchent à mettre la main sur
"le" mâle dominant, celui qui détient la force, le pouvoir ou
tout simplement celui de satisfaire leur avidité sexuelle. Oui, ce soir il
commencera par se jouer de ces créatures, il ne s'abaissera pas à leur faire
du mal, mais leur fera sentir combien son pouvoir est supérieur en les
attirant dans ses filets pour ensuite les abandonner, perdues et
insatisfaites. Déjà il sait qui sera la première, il pose avec insistance
son regard de reptile sur un corps à moitié dénudé qui s'agite de façon
saccadée et gracieuse au rythme de la musique. La jeune femme ne tarde pas à
ressentir l'intensité du regard de son observateur et commet l'erreur de
plonger ses yeux dans ceux du Maître. C'est une soumise. Il la tient, elle
est prisonnière de ses yeux de serpent, prisonnière de son irrésistible
puissance de fascination, elle est comme la proie paralysée face au cobra
sans bien le comprendre. Inexorablement elle est attirée et c'est sans
vraiment y réfléchir qu'elle abandonne sa compagne du moment pour cet homme
auquel elle ne peut résister. Elle le suit, traversant toute l'énorme salle pour
se rendre vers ce que toutes nomment le couloir des plaisirs, ce corridor qui
donne accès à d'innombrables cellules où les initiées vont
s'adonner aux plaisirs de la chair, ou des narcotiques les plus puissants.
Dans le grand corridor sombre résonnent des cris et des gémissements de
plaisir venant des cellules de tortures, des plaisirs auxquels on s'adonne
sans pudeur, sans honte et surtout sans le moindre amour autre que celui de
soi même. Ici l'égoïsme et roi, seule la recherche du plaisir personnel
compte, peu importe de réduire l'autre à un objet qui s'achète, peu importe
de détruire son propre corps avec les poisons les plus violents. Pour elle
aussi, et elle attend cet homme fascinant à une porte en souriant, déjà
presque débarrassée de ses quelques vêtements, prête à se donner à lui
sans se poser de question. Il la saisit par les poignets, l'entraine dans une
cellule, la saucissone et l'attache à un palan, écartelée d'envies... Mais
malheureusement pour elle le jeu s'arrête là, il la regarde et part à
reculon. Bien que se sentant humiliée de se retrouver ainsi victime d'un jeu
dont elle croyait jouir, elle n'a pas la force de crier sa rage de ne pas
pouvoir jouir et s'écroule en pleurant de honte, tandis que plusieurs
femmes commencent à lui triturer le corps...
Il aime jouer à ce jeu cruel, humiliant celles qui se croient les reines de
la nuit et certaines qui ne comblent leur complexe d'infériorité qu'en
dominant sexuellement d'autres femmes. Rapidement il n'est plus poussé par le
désir d'affirmer sa supériorité, mais par un sentiment de joie en découvrant
un nouveau jeu qui l'amuse. Cependant parmi celles qui sont capables de
comprendre sa véritable nature, il en est au moins une que cela irrite alors
que les autres restent indifférentes. L'une des femmes l'interpelle avec
agressivité, s'en suit un échange dont personne ne connaîtra jamais la
teneur tant leurs voix sont couvertes par le bruit issu des tambours. À la
vitesse de l'éclair, il saute à coté d'elle et en pétrifiant son
interlocutrice du regard, il lui montre une grande cage montée sur un ring
situé au milieu de la salle. C'est là que les joutes sexuelles se
règlent ici et tout y est permis même ce que la plupart des personnes présentes
auraient peine à imaginer. C'est une Maîtresse, elle voudrait jouer avec
lui, le dominer... Elle approuve la proposition d'un signe de la tête et
c'est sous les cris de la foule des femmes qu'ils entrent dans la cage.
Sous le regard attentif des spectatrices, elle fait tomber sa tunique, révélant des
seins sculpturaux et un dos orné par un tatouage impressionnant représentant
un golem de pierre. A la vue de ce corps la foule, déjà excitée par la
perspective de se délecter d'une violence sexuelle savoureusement réelle,
hurle de contentement. Lui aussi dénude son torse qui est musclé mais souple
et autour duquel s'enroule l'image saisissante d'une vipère vêtue d'une
cuirasse d'acier, la foule est pendant quelques instants muette de fascination
devant ce tatouage qui semble vivant. Elle l'observe puis il se redresse,
totalement nu, en bandant son sexe. L'air donne l'impression de se
charger d'électricité et le visage de l'homme change comme s'il entrait dans
une transe profonde, comme s'il était devenu insensible à toute influence
extérieure. Et c'est avec une allure impassible qu'il se jette sur cette
femme de toute la puissance de son corps massif. Il lui prend les poignets, la
met en croix contre les barreaux de la cage, et la force à s'agenouiller
devant lui... Elle prend son pénis turgescent dans sa bouche et le suce
avec avidité... En un éclair l'action est finie, il se fige pendant un
instant qui semble une éternité, la foule qui n'a pas très bien compris est
à nouveau silencieuse dans l'attente... Un geyser de sperme gicle
brusquement de son sexe, aspergeant le visage de la femme qui
accueille le précieux liquide en ouvrant en grand sa bouche. Les spectatrices
hurlent leur approbation sans vraiment savoir si tout cela est réalité ou
spectacle, dans le fond cela leur importe peu pourvu que le plaisir soit là.
Dans la salle, quelques ombres lèvent leurs verres, poussent un hurlement
inhumain ou laissent échapper un sourire complice, saluant à leur façon la
fin de cette joute sexuelle....